mercredi 3 mars 2010

Córdoba, Ernestito Guevara, Jesuitas y Guerra Sucia


Córdoba, deuxième ville du pays, est un mélange d'ancien et de nouveau, d'industriel, d'étudiant et d'artistique. La région jouit d'un climat ensoleillé et sec, ce qui conduisit la famille Guevara à s'installer à Alta Gracia, un village des environs, lorsqu'en 1932 les médecins diagnostiquèrent un asthme sévère au jeune Ernesto. Fuyant la dictature de Franco, le compositeur Manuel de Falla vécut ici aussi ces dernières années en exil. Et bien avant, dès le 17ème siècle, les jésuites avaient ici - et dans tout le nord est - aidé à la colonisation des communautés indigènes - principalement Güaraní - en construisant 30 missions qui rassemblèrent jusqu'à 100000 indigènes et jouissaient d'une grande autonomie politique et économique. Avant de disparaître en 1767, la couronne espagnole craignant leurs pouvoirs et richesses grandissants.
Il doit donc faire bon vivre ici. En tout cas bien meilleur que 30 ans en arrière lorsqu'en pleine période de terreur, les opposants politiques, artistes ou syndicalistes disparaissaient du jour au lendemain. Depuis 1955 et un coup d'état obligeant Perón à l'exil en Espagne, le pays est dirigé par une junte militaire. Les mouvements d'opposition au régime, plus ou moins violents (el "Ejercito Republicano del Pueblo", par exemple), naissent et s'organisent durant les années 60, poussant Isabel, 3ème femme et veuve de Perón - ce dernier revenu au pouvoir, après 18 ans d'exil, pour quelques mois en 1974, avant de mourir la même année - à créer la Triple A ("Alianza Argentina Anticomunista"), une milice destinée à placer sous l'éteignoir les groupes révolutionnaires. En 1976, le général Videla prend le pouvoir par coup d'état et accentue la traque, se jurant d'écraser les mouvements de guérilla, avec l'appui de la majorité de la population et d'une bonne partie de la presse. C'est le début du Procédé de Réorganisation Nationale (connu comme le "Proceso"), durant lequel les forces de sécurité arrêtent et torturent arbitrairement les supposés opposants au régime. Entre 1976 et 1983, période connue comme la "Guerra Sucia" (la Guerre Sale), 30000 personnes disparaissent. Elle prend fin après le désastre des Malvines et la mise à l'écart du Général nationaliste Galtieri au profit d'Alfonsín, élu président démocratiquement. Alfonsín tentera de poursuivre en justice les officiers de cette période trouble, mais se verra obliger - soulèvements militaires - à signer la "Ley de la Debida Obedencia" - stipulant que les officiers ne faisaient qu'exécuter des ordres, en bonne obéissance - et le "Punto Final" - point final, au-delà duquel aucun procès de criminel ne pouvait avoir lieu. Il faudra attendre 2003 et le mandat de Nestor Kirchner -qui succéda à Meném, notoire décennie politique, et au séisme financier de 2001 - pour voir renversées les lois d'amnisties en vigueur vis-a-vis des responsables militaires de cette période et permettre l'ouverture de quelques procès, en Argentine et en Espagne.

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