Au sud de Ciudad Bolívar, à une petite heure d'"avioneta", le parc national Canaima s'enfonce dans la jungle et cache ses mystères: le Salto Angel, des forets de Tepuys, le rio Caura...
Le trajet en avion 4 places est un spectacle à lui seul. A la savane succède rapidement une jungle plus dense. Le Rio Orinoco se perd en une arabesque de bras et d'îlots, annonçant les premiers tepuys - "montagnes", dans la langue des indiens locaux Pemons - , ces hauts plateaux qui se dressent brutalement, falaises de grès à vif, hors de la jungle. (Il y a près de 2 milliards d’annees, la distorsion du continent américain entraîne la formation de fractures dans les plateaux; l'érosion accentue ensuite ces failles et les forces tectoniques soulèvent des blocs, favorisant la formation dédits tepuys).
Canaima, petite communauté indigène et base de départ aux chutes, se love au bord de la lagune du même nom, paradisiaque : de la plage de sable blanc on peut déjà deviner la force des monumentales chutes qui s’y jettent, les « Saltos Hacha, Sapo et Sapito ». La ville semble couler des jours relativement heureux, et bien que complètement tournée vers le tourisme, garde une certaine authenticité, du fait sans doute de la taille, de la beauté du site et de la difficultè d’acces – pas de route !
La remontée du rio Carrao puis Churun, 4h de lancha motorisée à contre courant sur ces eaux sombres et rougeâtres, du fait de la décomposition végétale – et parfois savonneuses, du fait de la présence de saponine ! - (http://fr.wikipedia.org/wiki/Saponine) -, vers le salto Angel, est un plaisir pour les yeux. Au détour d’un ultime tepuy se découvre enfin le salto, majestueux dans sa chute, 979m depuis le haut de l’Auyan Tepuy. Compte tenu de la saison, la chute n’est pas très abondante mais le cadre reste enchanteur, notamment au petit matin, lorsque le tepuy se découpe sans bruits sur le ciel azur. Toutefois leur nom n’a rien de divin : Jimmie Angel, avionneur américain, fut le premier (le 2e semble t’il en fait, après un explorateur vénézuélien en 1910...), en quête de filons d’or, a découvrir les chutes en 1933, avant de revenir et de poser son avion en haut de l’Auyan Tepuy en 1937. Les indiens Camarakoto connaissaient eux le site depuis bien longtemps, et le nommaient Kerepakupai merú.